Comment Jésus s’est fait poulet
(F.X.Damiba – L’Observateur Paalga, 23/12/11) – Le Lion, le premier s’avança et dit :
“Moi, le roi de la forêt, vous me donnerez sûrement raison lorsque j’aurai fini de parler. C’est simple, le grand message de Noël tourne autour de trois mots : ‘Joseph ; lui ; aussi’. Lisez ce que dit l’évangéliste : ‘Joseph lui aussi quitta …. [la ville de Nazareth, en Galilée, pour monter en Judée]. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte’ (Lc 2 : 4-5). Ce que l’Ecriture veut nous enseigner, c’est que Joseph était un homme ordinaire qui menait des activités ordinaires mais dans la grande conscience qu’il était l’époux de Marie. ‘Joseph lui aussi…’
Qu’est-ce à dire sinon que la sainteté, pour le chrétien, consiste à faire comme tout le monde en se souvenant qu’il est quelqu’un d’autre ? C’est cela le message de Noël ! Jésus peut naître. Je serai son père et on m’appellera : ‘Père Tout-Puissant !’”
L’assemblée garda le silence et la Girafe dit : “Je n’ai rien contre un Dieu carnivore, mais j’ai peur que le jour des Rameaux il ne trouve point de monture pour son entrée messianique à Jérusalem. Un lion sur un âne ! Chacun croira à une scène de prédation, tous s’en iront en débandade et il n’y aura ni hosanna, ni alléluia. Non, laissez le petit naître chez moi, laissez-le être Girafon et on l’appellera : ‘Fils du Très-Haut !’”
Le Poisson, qui n’était pas de son avis, contesta : “Noël nous rappelle que Dieu est petit. Le peuple attendait un roi puissant, il naît un bébé sans défense. Dieu est petit et il s’apparente aux pauvres, aux faibles, aux étrangers, ses frères. Il n’a pas voulu prendre le visage d’un roi ravageur ou celui d’une arme de destruction massive, car il sait que la véritable victoire ne s’obtient pas par les armes, mais par la douceur.”
L’Escargot dit : “Ecoutez-moi bien, bonnes gens ! Le vrai message de Noël, le voici : Dieu seul sait ce qu’il faut à chacun. Ne le voyez-vous pas ? Le Seigneur seul sait ce qui est bon pour l’homme. Quand je parle des hommes, j’embrasse les animaux, bien sûr ! Il faut donc apprendre à accueillir le don de Dieu comme il vient. Tu espérais beaucoup d’enfants dans ton foyer et tu n’en as même pas un seul, accueille le don de Dieu et dis merci. C’est ce qu’il te faut, selon le dessein mystérieux de Dieu. Tu rêvais d’un mari doux et te voilà embarquée à jamais avec un buveur de ‘lait de panthère’ [qui désigne le pastis dans le langage codé des buveurs], accueille le don de Dieu et dis merci. C’est ce qu’il te faut, selon les voies insondables de Dieu. Ainsi, moi, l’Escargot, Dieu m’a doté en tout et pour tout d’une coquille et je m’en contente.”
Tu as raison, renchérit la Souris : “Dieu seul sait ce qu’il faut à chacun. A Adam et Eve, il savait qu’il fallait tout, sauf des pommes. Et ces malheureux ont eu tort de tenir coûte que coûte à manger ces fruits. Au lieu de manger les pommes, ils auraient dû manger le serpent qui, lui, n’était pas interdit. Ils l’ont compris, mais un peu tard.”
On se dépêcha de couper la parole à la Souris, car le Serpent, qui manque souvent d’humour, commençait à se sentir morveux. L’assemblée faillit néanmoins se laisser convaincre par le discours de L’Escargot et de son ami rongeur, mais quelques-uns pensèrent : “Si nous laissons Jésus être un escargot, il ne pourra jamais dire à ses disciples : ‘Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père’, puisqu’il vit dans une cellule monocoque !”
L’inconvénient parut majeur au grand nombre, et l’on passa au candidat suivant, qui n’était autre que le Charognard. Il déclara d’un air solennel : “Mon frère l’Escargot a dit quelque chose d’important. Il a parlé d’un Dieu qui donnait un enfant à son peuple au lieu de lui donner des guerriers. C’est dire qu’il a donné une partie de lui-même, qu’il s’est donné lui-même. Voilà donc le message de Noël : le don de Dieu, c’est Dieu lui-même.
Cette compréhension originale de Noël ne mérite-t-elle pas que Jésus soit bien mon rejeton ?”
Le Ver de terre prit alors la parole et dit : “Il n’y avait pas de place pour lui dans la salle commune quand Dieu vint sur Terre. Alors, il alla loger dans une mangeoire. Noël nous rappelle que Dieu n’habite pas partout, Dieu habite là où on le laisse entrer. C’est dire qu’il faut prévoir une petite place pour Dieu en toute chose. L’homme du premier Noël avait le temps d’accueillir Dieu, mais il n’avait point de place.







