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Grammy Awards: triomphe surprise de Bruno Mars

Grammy Awards: triomphe surprise de Bruno Mars(Courrier International, 29/01/18) – Les 60e Grammy Awards devaient enfin couronner le hip-hop mais c’est le chanteur de funk qui a raflé les récompenses les plus prestigieuses (chanson, album et enregistrement de l’année) lors d’une soirée marquée par la politique.

“Une grande soirée”, pour USA Today, “un triomphe surprise”, pour le Washington Post. Dans une cérémonie où il a été question de politique et du mouvement #MeToo, c’est finalement Bruno Mars, auteur d’un album festif, destiné avant tout à faire danser, qui a remporté les récompenses les plus importantes de ces 60e Grammy Awards : album et enregistrement de l’année (24K Magic) ainsi que chanson de l’année (That’s What I Like). Dans cette catégorie, “la victoire est d’autant plus belle qu’il a battu ‘Despacito’, le morceau le plus incontournable de l’année, mais a dû affronter une rude concurrence face à l’émouvant ‘4:44’ du rappeur Jay-Z et et à ‘1-800-273-8255’, un hymne antisuicide du chanteur Logic”, fait remarquer Billboard.

Avant la cérémonie, le magazine spécialisé s’attendait pourtant à “un couronnement du hip-hop comme le nouvel épicentre de la musique grand public”. Sur cinq nommés dans la catégorie du meilleur album, il y avait trois rappeurs, une première. Aucun rappeur “n’a jamais été récompensé dans la catégorie chanson ou enregistrement de l’année, ce qui est assez incroyable”, signale Billboard.

Kendrick Lamar, battu pour la troisième fois en cinq ans dans la catégorie reine, repart tout de même avec cinq récompenses dont meilleur album rap de l’année (DAMN). Le rappeur de Compton, dans la banlieue de Los Angeles, a aussi lancé la soirée avec une performance remarquée par The Hollywood Reporter. D’abord accompagné de danseurs en tenue militaire devant un drapeau américain, il a ensuite fait mine d’abattre des danseurs portant une capuche rouge, une allusion aux violences policières.

Le mouvement Time’s Up s’invite aux Grammy
Jay-Z, nommé huit fois – record de la soirée –, n’est pas monté sur scène mais la star du hip-hop a fait la une des médias américains toute la journée de dimanche. Politico est revenu sur la réaction de Donald Trump à une interview donnée par le rappeur la veille sur CNN. Jay-Z y critiquait notamment la façon dont Trump traite la communauté noire et l’usage de l’expression “pays de merde” par le président américain. “Vous êtes très mal informé parce que ces endroits regorgent de gens magnifiques”, a déclaré le rappeur de Brooklyn. M. Trump a réagi sur Twitter en brandissant les chiffres du chômage des Afro-Américains, à son plus bas “grâce à [s] a politique”. “Le président a raison” sur ce point, explique Politico, tout en précisant que la baisse du chômage a commencé avec Barack Obama.

La soirée a aussi été marquée par le mouvement Time’s Up. Après les robes noires sur le tapis rouge des Golden Globes, au début du mois, les participants ont cette fois choisi de venir avec une rose blanche, relève le magazine Variety. La chanteuse Kesha, en procès contre le producteur Dr Luke, qu’elle accuse d’agression sexuelle, a chanté sur scène son nouveau morceau, “Prayin”, en compagnie notamment de Cindy Lauper.

“Kesha a réalisé une performance dévastatrice dans le tumulte de Time’s Up”, commente le Los Angeles Times : “Elle a pu regarder l’industrie droit dans les yeux et lui rappeler ce que son silence lui a coûté et le combat qu’elle a dû mener pour revenir. Personne n’a pu regarder cette performance sans se sentir coupable de ne pas l’avoir défendue plus tôt.”

Dans sa présentation des enjeux de la cérémonie, le Sydney Morning Herald cite de son côté un rapport de l’université de Californie du Sud selon lequel les femmes n’ont représenté que 9,3 % des nommés aux Grammy ces cinq dernières années.

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