Culture

Le musée Barberini, une perle en Postdam

Le musée Barberini, une perle en Postdam(Courrier International, 26/01/17) – Jusqu’à présent, les touristes défilaient à Postdam pour visiter le palais de Sans-Souci, construit par Frédéric le Grand. Désormais, ils s’y rendront aussi pour visiter le musée Barberini, érigé par Hasso Plattner, un magnat allemand de l’informatique.

Pour les Postdamer Neueste Narichten, le 20 janvier était “jour de fête”. Ce jour-là a été inauguré en grande pompe le musée Barberini. “La ville de Postdam s’est vu offrir un nouvel édifice, dans lequel il sera désormais possible d’admirer de l’art de renommée internationale”, s’enorgueillit le quotidien local.

Angela Merkel et Bill Gates s’étaient déplacés pour l’occasion dans l’ancienne cité de résidence des rois de Prusse, située à une trentaine de kilomètres de Berlin. Ils ont pu parcourir les deux expositions inaugurales, l’une consacrée aux impressionnistes, l’autre intitulée “Classiques de l’art moderne”. L’événement a été abondamment couvert par la presse allemande, qui s’est enthousiasmée autant pour les chefs-d’œuvre exposés que pour la beauté du lieu.

Deux pères bâtisseurs

Ce petit miracle “a deux pères”, insiste la Frankfurter Allgemeine Zeitung : “Le magnat des logiciels Hasso Plattner et Frédéric Le Grand”. Le musée, une institution privée, résulte en effet de la rénovation d’un palais autrefois construit par Frédéric II de Prusse et détruit par les bombardements en 1945. Son ouverture est la dernière pierre d’angle aux efforts déployés par la municipalité pour effacer du centre-ville les traces de la Seconde Guerre mondiale. Les travaux ont été financés par Hasso Plattner, 73 ans. Le magnat allemand de l’informatique, cofondateur du géant SAP et 113e fortune mondiale selon Forbes, cherchait depuis plusieurs années un lieu où abriter sa collection d’art.

“Seules quelques-unes des toiles exposées appartiennent au musée”, observe cependant la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Beaucoup sont des prêts de musées étrangers, parmi lesquels le musée Rodin et l’Orangerie de Paris. Hasso Plattner a renoncé à faire venir certaines de ses toiles des États-Unis, où elles sont entreposées. Pour justifier ce choix, le collectionneur “crache un nom comme une cerise pourrie sur le parquet”, relate le quotidien : Kulturgutschutzgesetz. Soit la très disputée loi sur la protection des biens culturels, entrée en vigueur en août 2016 pour “favoriser le maintien en Allemagne de biens culturels qualifiés de trésors nationaux”. Hasso Plattner craignait que ses tableaux ne soient pas autorisés à faire le voyage retour.

Argent, pouvoir et secret

Le personnage d’Hasso Plattner intrigue beaucoup Der Spiegel. Le palais original étant déjà l’imitation d’un palais baroque italien, le nouvel édifice “est en quelque sorte une imitation d’imitation, et on pourrait s’attendre à ce qu’un prince du numérique ait voulu saisir l’occasion de s’inscrire dans la tradition artistique des Médicis et d’autres familles de la noblesse. Ou tout au moins dans la lignée de Frédéric le Grand, glisse l’hebdomadaire allemand :
L’opulence de ce musée et des œuvres qui y sont exposées clame haut et fort : argent ! pouvoir !”

Interrogé, le magnat refuse cependant de détailler le montant exact des travaux ou le budget de fonctionnement du lieu. Pas plus qu’il ne confirme être le propriétaire des Filles sur le pont, un tableau de Munch vendu pour 54,5 millions de dollars aux enchères à New York, en novembre 2016. La toile est pourtant l’une des attractions de l’exposition sur “l’art moderne”, aux côtés de cinq autres tableaux du Norvégien.

Hasso Plattner “ne donne pas l’impression de connaître le doute. Son musée respire la confiance en soi et la générosité, mais il ne prend aucun risque. Les salles ressemblent à n’importe quelles salles de musée, leurs larges murs peints en gris mat et bleu nuit”, poursuit le magazine. Idem pour les multiples paysages impressionnistes exposés : “Un régal sans risque et sans effets secondaires.”

 

Courrier International, Allemagne. Le musée Barberini, une perle de plus à la couronne de Postdam