Culture Pyrénées-Atlantiques

Cazaux, Biarritz. Enfin Le livre !

Cazaux, Biarritz. Enfin Le livre !(J.P. Ségot – La Semaine du Pays Basque, 15/03/16) – Ce qui fait la différence entre les grandes maisons, leurs créateurs, leurs artistes et ceux qui n’aspirent qu’à être un temps dans la mode et l’argent, c’est la possibilité pour l’observateur un minimum attentif, de se dire, d’un coup d’œil : “Tiens, ça c’est un…” ou “Ca vient de chez…”.
Oui, de ce simple coup d’œil, on va reconnaître le chic et l’originalité du carré Hermès, du sac Goyard, du makila de Bergara, de la poterie Cazaux. Et ça, ce réflexe, on l’aura où que l’on vive ou voyage dans le monde, du moment que l’on a croisé ces objets ou ces œuvres dans sa vie, que l’on soit tombé sous le charme irrésistible de leur beauté, ou que l’on en soit les heureux possesseurs… Ce chic, cette qualité, cette élégance, ce côté absolument unique que détecte presque immédiatement l’œil – qui s’est presque spontanément éduqué – ne nous trompera jamais…
Cazaux est un nom tellement biarrot que déjà tout môme biarrot, il rentre obligatoirement dans votre vie. Mais longtemps, très longtemps même, l’on a guère fait attention à l’extrême originalité, à la rude authenticité, à l’inexplicable et si charmante originalité, au génie quoi (!) de Cazaux. Et d’un air détaché, on a longtemps considéré, dans bien des familles, dont la mienne, que Cazaux n’était que le charmant “potier de Biarritz”…
Est-ce que d’ailleurs cela n’est pas attendrissant de se dire que pour cette géniale lignée de potiers-céramistes, pleins d’humilité et de modestie, être restés si longtemps que “simples potiers” dans leur ville – alors que depuis déjà bien longtemps, ils sont reconnus comme grands céramistes et artistes pour tant “d’étrangers” – n’est pas la plus belle des choses, comme une sorte de talisman qui leur a porté chance ?
Car Cazaux est bien un style inimitable (il est d’ailleurs parfois si mal imité que cela ne fait que leur rendre encore plus fidèle et complice leur clientèle !) qui se reconnait du premier coup d’œil ! Moi, qui ai eu la chance de rentrer dans bien des maisons de Biarritz et des environs, j’ai toujours eu ce petit coup d’œil ému et sympathique pour tels carreaux en Cazaux dans un jardin, telle potiche, telle table ou tel banc couvert de cette céramique si originale. Et combien de fois ai-je vu sourire mes hôtes, avec un petit air de satisfaction dans le regard, quand je leur ai dit : “Tiens, vous avez un bien joli Cazaux chez vous !”
Et j’ai même connu quelques personnes dont le choix d’acheter telle ou telle villa a parfois été guidé par la simple – mais très compréhensible raison – que Cazaux avait mis sa griffe dans la décoration de la demeure ou de ses jardins…
Et si bien des générations de cette famille ont travaillé quelque peu repliées dans leur maison-atelier de Mouriscot (où j’ai pénétré une fois quand j’avais 20 ans, car j’avais alors l’idée que l’on me fabrique quelques carreaux pour garnir une petite niche. Projet auquel j’ai renoncé – car j’ai quitté assez vite le lieu en question et sa niche -, ce qui demeure l’une de mes plus grandes frustrations !), il a fallu attendre tout l’intelligence de Mimi Cazaux, pour que la famille de si grands artistes mette enfin en lumières tout leur génie en ouvrant cette boutique de la rue Broquedis, expose au Palais, et occupe enfin toute la place qui lui revient dans notre ville…
Alors, il ne manquait plus qu’un grand livre pour célébrer Cazaux. Mais un “vrai” grand livre, pas un truc vite fait, genre mal passé au four et rendant de bien pâles couleurs ! Et aujourd’hui, voilà que La Martinière – éditeur dont la réputation n’est plus à faire – nous offre cet objet indispensable au bonheur de tout collectionneur, amateur, admirateur, des Cazaux. Il a passé tout Noël sur la table du salon. J’y ai pris bien du plaisir à le parcourir à tout bout de champ et pas un de mes visiteurs n’a résisté à la tentation de feuilleter ses pages.
Un ouvrage qui s’ouvre par une préface du joaillier de la Place Vendôme Lorenz Baümer, dont je ne peux résister à reproduire ces quelques lignes : “Je me souviendrai toujours découvrant par hasard la jolie boutique de Biarritz, séduit par les oeuvres, dépensant sans compter et rentrant bredouille du marché sans avoir honoré ma liste de courses, les bras débordant de trésors qui ne devaient plus me quitter.
J’aime la variété des motifs, la sculpture de la matière, le figuratif et l’abstrait, l’hommage au fondateur de la Maison et les créations d’aujourd’hui, les textures, mises en valeur par un remarquable sens des couleurs…”
Les textes ont été confiés au journaliste Serge Gleize, spécialisé en décoration et en architecture, auteur de nombreux livres. Et le travail magique du photographe Philippe Garcia, dont le talent est pour moi une grande révélation en admirant ce livre, donne la juste élégance aristocrate, à l’œuvre ces sept générations d’alchimistes qui perpétuent un univers unique, un feu du bonheur de vivre.
Photos de pièces d’aujourd’hui et d’hier, de pièces de collections et d’affection, et une succession de textes historiques et artistiques nous permettant d’entrer au plus profond de l’âme des Cazaux, c’est le profil de ce très beau livre “Cazaux Biarritz, la céramique dans l’âme”.
Original source: http://www.lasemainedupaysbasque.fr/cazaux-biarritz-enfin-le-livre-66163

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