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Survivre à la chaleur accablante dans les camps irakiens

(Irin, 30/07/15) – Fa’iza a fui Mossoul lorsque le groupe qui se fait appeler État islamique (EI) a envahi la ville. Elle souffre du cancer du sein et ses symptômes sont aggravés par la chaleur extrême. Il fait 46 degrés Celsius à Baharka, un camp de déplacés situé dans le Kurdistan irakien, au nord du pays, et cette mère de cinq enfants est tendue. Elle n’a pas pu utiliser son ventilateur pendant la majeure partie de la matinée en raison d’une panne d’électricité prolongée. « Je suis malade… Et cette chaleur rend les choses beaucoup plus difficiles », a-t-elle dit.

La guerre contre l’EI a contraint 3,1 millions d’Irakiens à fuir leurs foyers. Quelque 251 000 Syriens sont en outre enregistrés comme réfugiés en Irak. Après les inondations, la neige et la glace de l’hiver dernier, l’été a amené des tempêtes de sable et des températures allant jusqu’à 50 degrés Celsius.

Quelque 250 000 Irakiens déplacés et 100 000 réfugiés syriens vivent dans des camps dans des tentes ou des abris de fortune faits de bâches et de couvertures qui les protègent peu de la chaleur torride de l’été.

« Nous n’avons d’autre choix que d’y faire face », a dit Khudair, qui a fui la ville de Falloujah, occupée par l’EI, pour trouver refuge à Hayy al-Jamiyah, un camp situé à Bagdad et géré par la communauté sunnite locale. « Vivre dans ce camp est notre meilleure option. Le refroidisseur d’air aide vraiment », a-t-il dit. « Nous prenons au moins deux douches par jour. »

La chaleur a de graves conséquences.

« Pendant l’été, nous assistons généralement à une augmentation du nombre de [décès causés par des] gastroentérites », a dit Mostafa Munjid, un médecin d’International Medical Corps qui supervise les soins médicaux dans quatre camps de déplacés et de réfugiés. « C’est parfois lié à la situation du camp et à l’entreposage des vivres ; c’est parfois un problème associé à la contamination de l’eau », a expliqué M. Munjid.

Une innovation audacieuse signée IKEA

Les stratégies employées dans le camp de Baharka sont semblables à celles utilisées à Bagdad. « Nous avons distribué des refroidisseurs d’air », a dit Ahmed Ramadan Abdul, qui gère le camp pour Barzani Charity Foundation, une organisation non gouvernementale (ONG) locale. « [Les résidents] peuvent les utiliser lorsqu’il y a de l’électricité. » Ahmed espère qu’un donateur fournira au camp une deuxième génératrice pour qu’un plus grand nombre de personnes puissent en profiter.

L’utilisation de ces appareils est cependant problématique même lorsqu’il y a de l’électricité. Ils consomment en effet entre 100 et 160 litres d’eau par jour. On recommande généralement aux organisations internationales de ne pas distribuer des refroidisseurs d’air pour éviter une surcharge des infrastructures des camps. La semaine dernière, par exemple, une bagarre a éclaté entre deux familles du camp de réfugiés de Kawergosk, à Erbil, en raison de l’irrégularité de l’alimentation en eau.

Le camp de Kawergosk a été créé en août 2013 afin d’accueillir temporairement 6 000 personnes. Cette installation provisoire, construite par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et gérée par le Conseil danois pour les réfugiés (DCR, selon le sigle anglais), abrite aujourd’hui plus de 10 000 réfugiés syriens. Pendant les mois d’été, les infrastructures sont soumises à des pressions supplémentaires et les tensions montent. Trois puits de forage sont exploités en continu pour approvisionner les résidents en eau ; des camions acheminent chaque jour 80 000 à 100 000 litres d’eau supplémentaires. Les habitants bénéficient de 19 heures d’électricité par jour, mais l’eau n’est disponible que pendant quatre heures et de façon irrégulière.

« Depuis deux ans, nous nous battons tous pour l’eau », a dit Siham Mohammad Yasin, directeur du comité des résidents de Kawergosk qui s’occupe des questions d’eau, d’assainissement et d’hygiène. La pression de l’eau est inégale et cette inégalité entraîne des divisions. Les résidents qui vivent plus près de la pompe aménagent de jolies platebandes de tournesols, alors que ceux qui vivent plus près de l’extrémité de la conduite n’ont pas toujours suffisamment d’eau pour se laver.

La persistance de la crise des réfugiés syriens pousse les organisations à intensifier leurs efforts pour trouver des solutions d’hébergement à plus long terme et à mettre davantage l’accent sur la durabilité. Le camp de Kawergosk dispose désormais de trois types d’abris offrant différents niveaux de protection contre la chaleur et d’approvisionnement en eau.

Les 12 familles les plus vulnérables du camp sont logées dans des unités d’habitation pour réfugiés (Refugee Housing Units), des abris « en kit » innovateurs conçus dans le cadre d’une collaboration entre le fabricant de meubles suédois IKEA, le HCR et Better Shelter. Le toit réfléchissant et les murs rigides et opaques permettent de mieux contrôler la température intérieure que les toiles de tente, qui absorbent la chaleur. Environ 300 unités comme celles-là sont actuellement testées un peu partout en Irak.

De l’autre côté du camp, Wasila, Mahmoud et leurs cinq enfants vivent dans un abri à façade permanente (« permanent-face » shelter) construit, du moins en partie, avec des blocs de parpaing. Ils ont une toilette, des installations sanitaires et une cuisine. Leur tente est dressée sur des fondations en béton et ils ont accès à un petit terrain où ils peuvent installer de quoi faire de l’ombre. « Nous avons plus d’espace pour les enfants et plus d’intimité », a dit Wasila. Ils parviennent à maintenir la température intérieure à un niveau supportable grâce à un refroidisseur d’air et à un ventilateur et en bloquant les rayons du soleil avec les couvertures qu’ont leur a distribuées pour l’hiver.

Les tentes du HCR ont une durée de vie de neuf mois seulement, mais plus de la moitié des résidents du camp de Kawergosk y vivent depuis deux ans en raison des retards accumulés dans la mise en place de ces parcelles permanentes. Vingt-cinq familles se partagent une cuisine, des latrines et quatre points d’eau. Il est beaucoup plus difficile de maintenir une température supportable sans murs et sans espace permettant d’installer de quoi faire de l’ombre.

« Nous espérons obtenir un abri permanent », a dit à IRIN Yasin, qui vit dans une tente non permanente. « C’est ce que nous pouvons souhaiter de mieux pour l’avenir. »

Un début de solution

Même s’ils sont les plus visibles, les résidents des camps ne représentent qu’une fraction de la population irakienne affectée par les chaleurs extrêmes et ayant des besoins en matière de logement. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 67 pour cent des personnes déplacées vivent dans des maisons louées ou avec des familles hôtes, environ 10 pour cent dans des bâtiments abandonnés ou en construction et 10 pour cent dans des campements de fortune, des écoles ou des édifices religieux.

Azneef appartient à la communauté chrétienne arménienne de Hamdaniya, dans le nord de l’Irak. Après avoir fui l’avancée de l’EI, l’été dernier, elle s’est installée dans un centre d’achats en construction, mais elle a quitté ce logement de fortune après avoir déboulé des marches et s’être rentré des éclats de verre dans les yeux et les mains. Azneef a réussi à louer une maison à Erbil lorsque sa fille a trouvé un emploi de réceptionniste dans un hôtel, mais elle dit que le coût de la climatisation pourrait bientôt les forcer à quitter leur nouveau foyer.

« Je sais que nous ne serons pas capables de payer la facture d’électricité », a-t-elle dit. Azneef espère que des amis de la communauté chrétienne arménienne d’Erbil pourront l’aider à acheter une cabane préfabriquée.

Les personnes déplacées ayant épuisé leurs ressources sont de plus en plus nombreuses. On s’inquiète, dans ce contexte, que plusieurs d’entre elles décident d’aller vivre dans les camps, où elles n’ont pas de loyer à payer et où elles peuvent utiliser gratuitement les installations. Cette tendance est récente en Irak. Depuis la contraction de l’économie du Kurdistan, en 2014, de nombreux réfugiés syriens n’ayant pas trouvé d’emploi affluent dans les camps. Même les sites autrefois impopulaires affichent désormais complet.

« Si nous n’avons pas les ressources pour aider les gens qui payent un loyer, nous devrons trouver de l’espace dans les camps pour loger des milliers de personnes supplémentaires », a dit Tom Corsellis, coprésident du Cluster Abris pour l’Irak.

Les personnes vivant à l’extérieur des camps sont donc prioritaires pour recevoir une aide destinée à adapter leur logement ou leur abri aux conditions estivales (« summerisation » assistance). Les ONG et les organisations internationales sont encouragées à faire des transferts inconditionnels en espèces pour aider les personnes vivant à l’extérieur des camps à prendre des mesures pour rendre la canicule plus supportable. Les kits de scellage (sealing-off kits) distribués pendant l’hiver permettent de bloquer les fenêtres des bâtiments abandonnés, ce qui contribue à atténuer les fluctuations de température pendant les journées d’été. Or, en raison d’un manque de financement, seuls les plus vulnérables ont reçu un soutien pour l’adaptation de leur logement.

« Il leur revient bien moins cher de rester en ville », a dit M. Corsellis. « Si nous n’avons pas l’argent nécessaire pour les aider à le faire, nous devrons investir dans de nouvelles infrastructures pour les camps. » Les conséquences pourraient être désastreuses, car la réponse humanitaire est sous-financée et les programmes visant à venir en aide aux réfugiés désespérés et aux familles déplacées subissent déjà des coupes importantes.
Original source: http://www.irinnews.org/fr/report/101804/survivre-%C3%A0-la-chaleur-accablante-dans-les-camps-irakiens

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