International Société

France-Belgique. Pour en finir avec le complexe des “p’tits Belges”

(J.F.Lauwens – Courrier International, 08/06/15) – La victoire 4-3 des Diables rouges sur les Bleus en match amical ce 7 juin est célébrée en fanfare par les Belges, trop heureux d’avoir battu leur “grand voisin”. Pathétique, juge le quotidien de Bruxelles, car cette réaction euphorique cache un immense complexe d’infériorité .

Ce qu’il y a de pénible quand la Belgique bat la France, c’est qu’on ne peut se contenter d’être grands dans la victoire comme les grands pays, eux, sont grands dans la défaite.

On ne parle pas des joueurs, eux savent bien qu’ils n’ont battu qu’une équipe démobilisée en fin de saison parce qu’elle n’a pas d’échéance à préparer avant un an quand les Diables ont un objectif important à la fin de la semaine, tenter d’éventuellement rejoindre la France à l’Euro. En fait, ce qui est énervant, ce n’est pas de dire que l’on a surclassé la France (c’est vrai), c’est de penser une victoire sur la France comme un aboutissement ultime du rêve belge. C’est un peu comme si, subitement, on trouvait de l’intérêt à l’Eurovision, comble de l’objet sans intérêt, pour la seule raison que la Belgique y a terminé 4e et pris les 12 points français alors que la France n’a eu que 4 points dont pas un des Belges.

Un exploit de “p’tit Belge”

Mais bon sang, est-ce que cela va un jour s’arrêter cette déconnade ? Est-ce que l’on va un jour dans ce pays arrêter de montrer à chaque sortie des Diables rouges que l’on est plus chauvins que ceux dont on pense moquer le chauvinisme. Car, derrière les délicieux “Bien fait pour ces chauvins de Français”, il n’y a rien d’autre que notre propre complexe, que notre impossibilité d’exister en dehors du regard français.

Je ne peux plus entendre ni lire cette formule des “p’tits Belges”. Pourquoi ce complexe crétin quand nos joueurs jouent tous au top européen ? Pourquoi devons-nous toujours être ces “p’tits Belges” alors que nous avons quasiment le même nombre d’habitants que les Pays-Bas triples vice-champions du monde ou la Suisse qui vient de se trouver un nouveau vainqueur de Grand Chelem ? Chez eux, c’est normal. Chez nous, c’est un exploit de “p’tit Belge” quand une joueuse arrive en deuxième semaine à Roland Garros.

Je n’en peux plus de ce complexe belge, de ces articles qui, à longueur de journées, égrènent les “humoristes belges qui marchent à Paris”, les “animateurs belges que s’arrache Paris” (généralement, d’ailleurs, ceux qui ne font pas rire ici…), les “Belges nominés aux Césars”, la “Liégeoise primée aux Molière”…

Nous sommes tellement complexés, nous avons tellement entendu ces blagues belges qui n’existent même plus, nous vivons tellement dans les médias français en scrutant une once d’intérêt de leur part qu’on est capables d’aller écouter le match sur TF1 “pour entendre ce qu’on dit de nous”.

Bête noire

Le sport belge souffre régulièrement de ce bête chauvinisme (y en a-t-il un intelligent ?) et de cette satisfaction de complexé ( “Contrat rempli pour Goffin”, éliminé en première semaine…), au grand dam des sportifs eux-mêmes, comme nous l’a rappelé la triste sortie des Diables rouges au retour du Mondial : eux estimaient – à juste titre – avoir réalisé un résultat normal mais les supporters les voyaient champions du monde.

Comme ce matin : non, nous ne sommes pas plus forts ce matin qu’hier ; non, nous ne sommes pas encore qualifiés pour l’Euro ; non, nous n’avons toujours rien gagné ; non, le classement FIFA n’est pas subitement devenu crédible parce que la Belgique y est 2e. Et oui, on est contents que la Belgique ait battu la France, parce qu’elle a bien joué, parce qu’elle fait douter une grande nation de football, celle qui est censée être la grande favorite de 2016, parce qu’elle a montré que son rang actuel n’est pas injustifié, parce qu’elle a montré l’étendue du réservoir de talents dont elle dispose. Mais pas parce qu’elle a battu la France en tant que France comme si cette victoire était plus importante que les autres à cause de nos complexes à nous face au grand voisin.

Sauf erreur de notre part, la Belgique n’a plus disputé de rencontre de compétition contre la France chez elle depuis l’Euro hexagonal précédent, en 1984. Au matin du match, Michel Hidalgo prévenait : “Il faut se méfier de la Belgique, c’est notre bête noire”. Ce samedi-là, à Nantes, Platini a atomisé les Belges (5-0) lors d’une rencontre de toute beauté. Au moins, n’avions-nous pas entendu “Bien fait pour les Français”.
Original source: http://www.courrierinternational.com/article/france-belgique-pour-en-finir-avec-le-complexe-des-ptits-belges

Other international contexts

Abonnez-vous à notre chaîne

Onda International Facebook page