Arts

Chez Mucha, les saisons s’incarnent en femmes

Chez Mucha, les saisons s’incarnent en femmes(La Tribune de Genève, 11/08/16) – Une belle jeune femme, des fleurs, un paysage stylisé, des éléments ornementaux: tout l’esprit d’Alfons Mucha est contenu dans cette lithographie de L’été, d’un mètre sur cinquante centimètres. Elle fait partie d’un ensemble de quatre Saisons, créé en 1896. Avec cette série, l’artiste tchèque inaugure la production des panneaux décoratifs qui ont fait sa renommée, tout comme ses affiches.

L’histoire commence en 1894. Après avoir travaillé dans un atelier de décors de théâtre à Vienne, puis s’être formé entre Munich et Paris, Mucha vit de travaux d’illustration dans la capitale française. La légende raconte que le jour de Noël, il est le seul artiste disponible pour créer l’affiche de la nouvelle pièce de théâtre de Sarah Bernhardt. Coup d’essai, coup de maître: sa création pour Gismonda fait un tabac, au point que les collectionneurs vont l’arracher des murs. Mucha devient une célébrité.

Un riche registre ornemental
Pendant des années, l’artiste crée à la chaîne des affiches et des panneaux. Il y reprend la recette qui a fait son succès: des figures idéalisées souvent associées à des plantes, la juxtaposition de composantes stylisées et naturalistes, et surtout un vocabulaire ornemental très riche, qui puise dans l’art byzantin, gaélique, gothique, baroque, japonais ou encore symboliste, ainsi que dans le folklore slave.

Bon nombre de ses œuvres, comme les Saisons, exploitent le goût immuable pour la personnification des concepts. Des allégories variées naissent de sa main: les pierres précieuses, les heures du jour, les arts. Elles mettent en scène une jeune fille tantôt aguichante, tantôt rêveuse. Incarnation idéale de la femme Belle Epoque, elle sert aussi à vendre tout et n’importe quoi sur des affiches: biscuits, bicyclettes, lessive ou bière.

Afin de les exploiter encore davantage, ces travaux sont déclinés sous diverses formes graphiques, comme des menus ou des cartes postales. L’une des cinq versions des Saisons fait ainsi l’objet d’un calendrier pour une marque de chocolat, et L’été est réutilisé comme affiche pour une vente de voitures…

L’art à portée de tous
Mais les années de gloire de Mucha sont courtes. A partir du tournant du siècle, le public commence à se lasser de ses fantaisies ornementales. Après avoir publié son livre de référence, les Documents décoratifs, il part en 1904 aux Etats-Unis, sans y rencontrer le succès escompté. De retour à Prague six ans plus tard, il se dédie entièrement à son pays. Il travaille notamment sur un cycle de tableaux représentant les hauts faits du peuple slave. Il meurt en 1939, à 78 ans.

Redécouvert dans les années 60, Mucha est reconnu comme un acteur emblématique de l’Art nouveau. Il incarne à merveille ce mouvement qui veut puiser une inspiration nouvelle dans le décor et l’appliquer à tous les domaines artistiques. Mais surtout, il donne à l’affiche ses lettres de noblesse, faisant entrer l’art dans le quotidien des personnes les plus modestes. Encore aujourd’hui, les multiples objets déclinant des œuvres de Mucha perpétuent ce concept.

La Tribune de Genève – Chez Mucha, les saisons s’incarnent en femmes