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Comment les plus riches du monde ont fait pour être aussi riche

(J.M.Sylvestre – Atlantico, 03/01/14) –  Le premier de ces bouleversements, c’est que les riches sont sortis de la crise. Ils sont beaucoup plus riches que l’année précédente. Du moins en théorie. La fortune des 300 personnes les plus riches du monde s’est accrue de 15% en moyenne. Cette augmentation reflète la hausse de la bourse dans le monde entier. En moyenne, de New-York à Londres en passant par Francfort ou Milan, la cote des valeurs boursières, donc des entreprises, a progressé de 20%.

Même à Paris, où les entreprises du CAC40 ont avancé de 17 % sur l’année. Cette progression marque incontestablement la sortie de crise dans la plupart des pays puisque les entreprises ont redémarré. Mais attention, cette flambée est aussi le résultat de liquidités déversées par les banques centrales américaines, japonaises, britannique et même chinoise. Ces liquidités s’investissent moins en dettes publiques et plus sur le marché financier privé. C’est plutôt un bon signe : à condition que l’on soit capable de débrancher les perfusions monétaires. Ce qui n’est pas évident.

Deuxième bouleversement, le palmarès couronne les chefs d’entreprise. Le tiercé gagnant des personnalités les plus riches du monde étant : Bill Gates, le fondateur de Microsoft avec 78,5 milliards de dollars. Soit 20% de plus qu’en 2012. Le deuxième, c’est Carlos Slim, magnat de la téléphonique mexicaine, avec 73,8 milliards de dollars : en baisse de 1,4 milliards. Enfin, en troisième position, Armancio Ortega, le fondateur de Zara avec 66,4 milliards de dollars.

Le fondateur de Microsoft a retrouvé la première place grâce à la bourse. La capitalisation boursière de Microsoft dépasse les 88 milliards. Carlos Slim cède la première place du podium, signe que son activité sature un peu ses marchés. Ce qui est intéressant, c’est l’arrivée de Zara dans le top 3.

Le premier des Français est une Française. C’est Liliane Bettencourt dont la fortune personnelle est estimée à 34,1 milliards de dollars. Elle a progressé de 26% soit 9 milliards. Le deuxième des Français, c’est Bernard Arnault. Le PDG de LVMH, avec 32 milliards et le troisième, François Pinault, dont la fortune serait estimée à 17,2 milliards de dollars.

Le troisième bouleversement, c’est le recul de toutes les fortunes fondées sur le pétrole, le gaz et les matières premières. Les grandes fortunes rentières de Russie, d’Amérique du Sud, d’Inde et même de Chine ont beaucoup moins la cote. La crise a peut-être obligé les économies industrielles à découvrir des process moins gourmands en énergies fossiles et en matières premières.

Quelles leçons tirer d’un tel classement annuel ? Les maniaco-politiques vont s’en donner à cœur joie sur l’accroissement des inégalités. L’enrichissement colossal de quelques-uns, la persistance de la pauvreté et de la misère de beaucoup de peuples. C’est une évidence. Sauf que l’OCDE montre très clairement que les pays émergents ont aussi énormément profité de la mondialisation, des nouvelles technologies qui apportent une meilleure productivité et une amélioration de la santé. La Chine sort tous les ans 80 millions de Chinois de la misère absolue. C’est peu, comparé au milliard de chinois, mais c’est l’équivalent d’un marché français de plus par an. Idem en Inde. Demain, on sait que l’Afrique se prépare à sortir de cet état de sous-développement à la même vitesse.

Les entreprises mondialisées sont devenues très riches grâce à cette mondialisation. Certes, mais ce sont elles qui en ont permis l’émergence, parce qu’elles sont porteuses de technologies et d’organisation, de management.
Les plus grosses fortunes mondiales ne sont pas financières mais industrielles. Contrairement à ce qui se passait avant la crise, l’industrie financière et la spéculation a perdu de son importance. L’économie de rente est désormais beaucoup moins récompensée que l’économie de production et, là aussi, c’est plutôt une bonne nouvelle.

Enfin, toutes les plus grosses fortunes répondent à une équation commune que l’on retrouve dans tous les cas : Un homme qui a créé, fondé, animé. Une innovation technologique très forte ou une innovation marketing et culturelle et surtout la maitrise d’un marché totalement mondialisé. Ajoutons à cela le fait que l’équation germe dans un écosystème qui lui est favorable.

Le revers de la médaille, c’est que ces fortunes mondiales n’ont pas de contrepouvoir politique. En l’absence de gouvernance mondiale ou de régulation mondiale, la logique de ces multinationales consiste à trouver dans le monde les conditions les plus avantageuses à leur performance. Pour des raisons d’optimisation de leurs performances, elles retiendront l’écosystème qui leur est le plus favorable.