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Musique. Le rap minute de Thierra Whack

(Le Courrier International, 04/01/19) – Cette jeune Américaine de 22 ans a sorti en 2018 un album-concept salué par la critique. Whack World se compose de 15 chansons, chacune longue de soixantes secondes très exactement. Portrait minute.

“Je ne voulais pas submerger le monde”, dit-elle, interviewée par le site spécialisé Pitchfork. Cette année, Tierra Whack, 22 ans, a fait une entrée remarquée sur la scène du rap américain. Lancé en mai, son premier album-concept, Whack World, se distingue par sa concision : 15 chansons de soixante secondes chacune, toutes accompagnées d’un clip sur mesure.

Une minute, c’est la durée maximale des vidéos autorisées sur la plateforme Instagram. Mais, en s’infligeant cette contrainte, la jeune femme, admiratrice entre autres d’Eminem, de Missy Elliott, d’OutKast et de Lauryn Hill, avait bien d’autres ambitions que de s’octroyer un quart d’heure de célébrité sur les réseaux. “Je voudrais offrir un voyage au travers de ma psyché”, confie la native de Philadelphie au New York Times. Autant dire que le public a intérêt à s’accrocher. “Mes humeurs font les montagnes russes. J’ai beaucoup de mal à faire durer une sensation”, détaille-t-elle à Pitchfork.

Ses chansons sont des états d’âme choisis
Chaque chanson, avec son univers particulier et son clip dédié – une vignette visuelle réalisée par le duo franco-canadien Thibaut Duverneix et Mathieu Léger –, se présente comme un exercice de style en forme d’introspection, la rapide mise en scène d’un état d’âme saisi sur le vif. Hungry Hippo, un morceau sur l’éveil à la sexualité, est ainsi intitulé en référence au jeu pour enfants du même nom [“Hippo glouton” en français], quand Cable Guy [“le gars du câble”] évoque la lente retombée d’un élan non réciproque. The New Yorker se déclare conquis :

Whack utilise la brièveté de ses morceaux pour exalter l’évanescence de ces états intenses et fugaces par lesquels les jeunes femmes peuvent passer : l’engouement, la frustration, la passion, le chagrin, ces élans de confiance, aussi soudains qu’enivrants, qui se dissipent toujours impitoyablement, pour devenir haine de soi.”

“Au bout d’une minute, un nouveau sentiment est remplacé par un autre, une nouvelle chanson succède à une autre”, résume l’hebdomadaire. Et un univers visuel en évince un autre, avec ses codes et ses références, pour offrir finalement “une critique sincère des pressions constantes auxquelles sont soumises les femmes, incitées à modifier leurs corps pour satisfaire les idéaux claustrophobes des réseaux sociaux”, écrit encore The New Yorker.

Le Courrier International, Musique. Le rap minute de Thierra Whack